Connaissez-vous Arsène Filleux ? Non ? Rien d’étonnant à cela. Par contre, si vous étiez né à Ailly le Haut Clocher aux alentours de 1895, lui aurait tout su de vous.
Arsène Filleux était le maître de l’école de garçons de la commune à partir de 1903. En 1920, cet érudit entreprit la rédaction d’un imposant recueil de plus de 200 pages. Son objectif ? Retracer toute l’histoire de la commune et des villages environnants.
Mais, on ne sait ni pourquoi ni comment, cet ouvrage fut égaré et sa mémoire se perdit….
…Jusqu’au jour où M. Catel-Doblel, annonça à un ami qu’il avait obtenu un poste d’enseignant au collège Alain-Jacques.
– « Quoi ? Tu vas travailler à Ailly le Haut Clocher ?
-Oui, pourquoi ?
-Mais figures-toi que dans mon grenier, j’ai un vieux bouquin écrit à la main qui parle de ce village ! Je le tiens d’une tante qui l’avait reçu d’un ami qui l’avait depuis des lustres… Peut-être que ça pourrait t’intéresser ? »
Et voilà le manuscrit d’Arsène redécouvert, par le plus grand des hasards, à l’autre bout du département !
Inutile de vous décrire l’émotion avec laquelle, M. Catel-Dobel et moi-même avons tourné, unes à unes ces pages écrites au porte-plume il y a plus de 100 ans ! On y lit, avec force détails, le quotidien des Aillacois. La tradition du jeu de la Choule, l’arrivée des premiers tracteurs, la construction de la Mairie, les chroniques judiciaires du canton…
Et la guerre surtout. Arsène Filleux nous raconte la panique de l’été 1914, l’organisation d’une solidarité locale face aux épreuves. La liste, interminable, des blessés et des morts clôt l’ouvrage.
Qu’il est émouvant de lire, à côté du nom de chaque victime, une phrase, une anecdote, écrite par un contemporain qui l’a connu. De quoi insuffler un peu de vie à ce qui n’est, souvent pour nous, qu’une énumération de noms-prénoms gravés sur la pierre froide d’un monument aux morts.
Il semblait donc normal de rendre ce manuscrit perdu à la commune qui l’avait vu naître. C’est donc le 5 mai dernier que le collège a remit, solennellement, à M. Bruno Balesdent, Maire d’Ailly le Haut Clocher, et M. Didier Flament-Aguet, 3è Adjoint, le livre d’Arsène Filleux.
Une fois protégé et numérisé, peut-être sera-t-il possible aux curieux d’histoire d’y avoir accès?
Nous nous plaisons à croire que c’est ce qu’Arsène Filleux aurait voulu.

